Bio

Mayumi Otero et Raphael Urwiller, diplômés des arts décoratifs de Strasbourg, ont fondé les éditions expérimentales Icinori, au sein desquelles ils développent leurs univers, travaillant en duo ou de façon indépendante.

 

 

Passionnés d’estampes, nourris d’imagerie populaire et de dessin contemporain, ils travaillent avec autant de plaisir pour la presse (Nobrow, Forbes, Wired, XXI, le Tigre etc.), pour l'édition (RMN, Sarbacane, Helium, Toussaint Louverture etc.) que sur tout autre type de média.

Interview

ML : Bonjour Icinori. Pouvez-vous vous présenter et nous parler de votre activité d’illustrateur d’un côté, et d’éditeur de l’autre ? 


Icinori: Passionnés par l’image imprimée, l’estampe et de dessin contemporain, nous dessinons pour la presse et réalisons indépendamment des albums jeunesse. Icinori a été créé alors que nous étouffions dans des cours sans aucun aboutissement concret et nous nous sommes ainsi lancés dans des éditions expérimentales pour éprouver la matérialité de nos images, questionner l’objet livre, expérimenter l’union triangulaire entre le dessin,  le papier, la couleur afin de tenter d’en faire une matière sensible.
La sérigraphie s’est vite imposée comme un médium d’apprentissage incontournable – à défaut d’avoir une machine offset sous la main. Icinori est devenu complémentaire à nos travaux de commandes, nous avons cette aire de liberté totale, notre espace de recherche indépendant qui nous permet d’inventer de nouvelles solutions pour nos travaux de commandes, pour réinvestir ces trouvailles dans des projets basés sur des dialogues avec le commanditaire – souvent enrichissants.

 


ML : Vos premières illustrations paraissent régulièrement dans la revue Le tigre , et plus ponctuellement dans les revues XXI, DADA, Forbes, Wired, Nobrow.


Icinori: Nous avons en effet une petite paire d’illustrations tous les mois dans le Tigre. Nous sommes aussi sur des projets d’éditions jeunesse qui sont actuellement chez l’imprimeur… Quelles sont vos influences (ou sources d’inspirations) graphiques et littéraires? Nous aimons particulièrement fouiller dans toute l’histoire de l’image imprimée moderne ou ancienne et l’art populaire sans oublier l’art contemporain. Nous adorons évidemment Pierre La police, Tom de Pékin,  Killoffer, Wagenbreth, Hagelberg mais nous essayons d’étendre au maximum nos aires d’inspiration hors du champs de l’illustration contemporaine .
Les éphéméras -d’une richesse incroyables-, des matchbox labels aux images d’Epinal, les grands graveurs – de Goya à Dürer en passant par David Hockney et Kuniyoshi -, la renaissance florentine – de Gozzoli à Della Francesca -, les affichistes pop japonais tel que Yokoo Tadanori ou Shigeo Fukuda, la presse graphique militante – de Raw à Garo – et puis en vrac, Tomi Ungerer, Saul Steinberg, Jossot, Bazooka, Doré, Shrigley, Tony Cragg, Maurizio Cattelan, Superstudio et Archizoom, Bukowsky et Beckett, les frères Chapman, les papier peints du 18e, l’art brut chinois etc. etc. Nous essayons, pour chaque nouveau travail, de concilier des antagonismes très référencés, invoquer le constructivisme monolithique russe et tenter de le faire dialoguer avec la gravure baroque du 19e, jeter la sculpture pop 70′s contre l’estampe japonaise… La gymnastique graphique est parfois fastidieuse mais souvent très excitante.

 


ML: Vous avez fait vos études aux arts décoratifs de Strasbourg, qui est de nouveau une pépinière de talents. Quels sont les principaux enseignements pour votre jeune carrière d’auteurs ?


Icinori: L’arrivée de Guillaume Dégé en tant que professeur a coïncidé avec ce renouveau, il a apporté avec lui un autre regard sur les démarches d’éditions plus indépendantes, nous avons eu la chance de bénéficier d’une tolérance pour les élèves s’investissant (s’évadant ?) dans des projets en marge, plus personnels et délaissant les exercices classiques. Nous nous sommes investit dans des workshops parallèles, proposés par des professeurs d’art, profitant au maximum des potentiels énormes et terriblement sous-exploités d’une école disposant d’un accès à des ateliers et formations très diverses, du bijou au verre en passant bien sûr par le livre ou l’estampe.
L’enseignement de l’illustration étant parfois trop limité, nous avons cherché à nous nourrir à d’autres mamelles, d’autres pratiques, d’autres réflexions, d’étendre notre territoire d’inspiration au delà du contemporain et de l’illustration. Nous sommes menés par une intense volonté de développer un travail d’auteur, indépendant et singulier – après avoir chacun hésité à suivre un parcours plus orienté art, nous avons fait le choix de l’illustration par passion pour l’image imprimée, la narration et par goût de la création basée sur le dialogue.

 


ML: Pouvez vous nous parler de votre travail sur les Pop-up et du mode de diffusion que vous avez adopté ?


Icinori: L’idée des popups trottait dans la tête de Raphael depuis très longtemps, depuis la découverte dans une librairie de vieux popups de Kubasta. Leur simplicité et l’ingéniosité mise en oeuvre sont incroyables ! Le contraste était intéressant entre la puissance de  livres, reliés de façon très approximatives, imprimés sur un gros carton brunâtre face à la mode presque suspecte des livres animés actuels, blancs, papier glacé, dinosaures ou égyptiens, marketing pour cadeaux de noël… Nous trouvions qu’il y avait une possibilité de résonnance entre la puissance brute de ces objets et la densité de la sérigraphie associée à nos univers personnels.
Il y a bien sûr des précédents comme UG qui réalise lui aussi des livres animés à la main mais nous avons fait le choix de ne pas regarder ces travaux et de travailler uniquement sur nos envies premières de volumes, redécouvrir le médium livre tout seuls, le réapprendre, le reconstruire. Raphael a donc conçu l’ingénierie des deux popups, Construction (Raphael) et Mauvais tours (Mayumi).
L’idée était de se laisser une liberté de création totale, tant dans le dessin qu’au niveau de l’histoire, il en résulte deux contes un peu étranges, des objets qui font sens à 50 exemplaires, résultats de nos seules envies égoïstes. C’est aussi pour cela que nous n’avons pas du tout travaillé d’idée de diffusion en amont, laissant le projet libre de toute contraintes financières, une sorte de petit caprice – donc pour la diffusion, nous flottons un peu, apprenant en rencontrant des passionnés, tirant des fils. C’est le plaisir du fait main, le rapport direct avec l’acheteur. Qui sait, 50 livres dans de bonnes mains est peut-être aussi précieux que 2000 en librairie ?Icinori est un projet de micro-édition de livres d'artistes et d'estampes
mené par Raphael Urwiller et Mayumi Otero.
Tout ce qui est présenté sur ce site est entièrement réalisé à la main, de l'impression à la reliure..

Interview vidéo Icinori